La part de vérité de Foly Satchivi

La part de vérité de Foly Satchivi
Foly Satchivi, président de la LTDE

Par Serge Lemask, togo-online.co.uk

Condamné à 12 mois de prison avec sursis en 2017, le président de la Ligue Togolaise des Droits des Étudiants (LTDE), Foly Satchivi vient d’être placé sous contrôle judiciaire. A travers quelques lignes, l’étudiant a expliqué les événements qui ont conduit à son arrestation le mardi 06 février dernier. Il n’a pas manqué de demander aux autorités togolaises de libérer les membres du mouvement « NUBUEKE » encore en détention à la prison civile de Lomé.

Nombre d’entre vous ont encore en mémoire les terrifiants événements des 14, 15 et 16 juin 2017 qui ont conduit à mon arrestation et à ma détention à la prison civile de Lomé.

Ce mardi 06 février 2018, c’est un autre scénario, cette fois-ci beaucoup plus comique et déshonorant, parsemé de mensonges et de montages que les autorités ont encore servi au monde entier.
Que s’est-il réellement passé ?

Au retour du Bénin, ce mardi 06 février 2018 à 7H30, je me suis directement rendu au domicile d’un ami chez qui je séjournais depuis l’incendie de ma chambre. Mais avant, j’avais demandé à deux membres de la LTDE et à certains étudiants (Les uns voulant me remettre un cadeau à l’occasion de mon anniversaire et les autres désirant simplement faire ma connaissance) de me rejoindre dans la maison sise juste à côté de l’IAEC.
A peine nous sommes-nous retrouvés, j’ai demandé à aller aux toilettes quand, de façon subite et inattendue, trois vigiles de l’Université de Lomé appelés COPUL accompagné d’un autre tenant un fusil d’assaut firent irruption dans la maison et commençaient par s’attaquer à tout ce qui bougeait.
Même la propriétaire n’en fut pas épargnée. Les amis avaient eux tous essuyé des gifles et des coups pour avoir osé demander ce qu’ils cherchaient. Quelques minutes après, un autre vigile fit son apparition et commença par exhiber une fronde.
Alertés par les cris de la sœur de l’ami, les voisins ont commencé par se mobiliser devant la maison. Ne pouvant plus contenir cette foule en effervescence, l’un des vigiles (COPUL), prit de panique appela un responsable.
Quelques minutes après, une voiture de la police nationale, remplie d’hommes et de femmes beaucoup plus civilisés apparue. C’est ainsi que nous fûmes embarqués et conduits à la DCPJ.
En route, les policiers nous ont interpellé au sujet de mégaphone et des frondes qui leurs avaient été présentés par les COPUL. J’avais clairement signifié au Chef que la mégaphone appartenait à la LTDE. Par contre, j’ignorais la réelle provenance des frondes en question.
À la DCPJ, pendant que les policiers interrogeaient les huit (8) autres camarades, mes récurrentes douleurs intestinales et mes problèmes de respiration firent surface.

L’officier a demandé qu’on me conduise dans un hôpital de la police nationale sis juste derrière le collège Saint Joseph. Bien avant, un lait peack me fut offert.
C’est donc à l’hôpital que j’ai passé mon premier jour. J’aimerais, à ce niveau lever le voile sur un fait que, jusqu’alors je ne comprends pas.
De 10H (heure de mon arrivée à l’hôpital) à 21H, quoique agonisant et languissant sur le lit contre lequel j’étais menotté, aucun soin ne me fut administré. Même le Pure water que j’avais demandé ne fut pas donné. J’avais aussi demandé à contacter la maman pour lui signaler que j’étais arrêté et détenu au Centre Médico-social de la Police Nationale. Mais malheureusement je ne fut pas autorisé à le faire. Ce n’est qu’après ma libération que j’ai pu joindre la maman.
A 23h, un infirmier, après avoir passé quelques coups de fil est venu m’injecter deux liquides différents dont j’ignore encore le nom alors même qu’aucune question ne m’avait été posée sur ce qui m’arrivait réellement et pire aucun diagnostic n’avait été établi : Une médecine charlatane. Je prends ici à témoin l’opinion et tiendrai pour responsable le gouvernement et la police de tout ce qui m’arrivera. Déjà, depuis ce jour, ma tête et mes yeux me font très mal. C’est comme s’ils allaient exploser.
A 1H du matin, j’ai exigé à rejoindre les autres camarades détenus à la DCPJ; ce qui fut difficilement fait à 08H.De retour au commissariat je fus de nouveau soumis à un interrogatoire. C’est pendant cet interrogatoire que j’ai eu la confirmation que les autorités universitaires étaient adeptes du mensonge; sinon comment comprendre le fait que le président de l’Université de Lomé déclare m’avoir demandé d’aller faire notre AG sur le terrain mais que j’avais insisté à la faire devant l’amphi 600 ?Où et quand avions nous discuter d’un tel sujet ?Peu de temps après l’interrogatoire, on me signale que les policiers sont retournés dans la maison et ont récupéré mon portable.
Bref, deux jours durant aucun d’entre nous n’avait mangé. Les policiers refusaient de nous emmener les nourritures que nous apportaient nos parents et nos proches. Aucun échange n’avait été autorisé entre nous et les défenseurs des droits de l’homme, mobilisés pour l’occasion. Aucun d’entre nous ne fut autorisé à contacter ses parents: *Une privation et une torture physique et morale.”
Nos droits avaient complètement été bafoués et foulés au pied. Certaines questions me traversent aussi l’esprit : Depuis quand les vigiles (COPUL) sont autorisés à faire irruption dans la maison d’un étudiant, fusil en main pour faire violence sur lui et l’arrêter ? Depuis quand les COPUL ont été autorisé à porter des armes de guerres sur eux ?

Et si le jour là, nous leurs avons opposés une légitime défense et tailladés avec un coupe-coupe. Nous aurait-on accusés de criminels ? Où est ce que le Président de l’Université de Lomé a trouvé l’acide et les armes dont il fait allusion ?
Pourquoi donc ces acides et ces armes n’avaient pas été présentés à la DCPJ et devant le Procureur au même titre que la mégaphone ? Quel était le but de ce grotesque mensonge ? Pourquoi cet acharnement contre les membres de la Ligue Togolaise des Droits des Élèves et Étudiants (LTDE) ?
En tout cas, ces douloureux événements m’ont permis de comprendre encore plus pourquoi ce corps de la police universitaire doit être dissoute.
Pour le reste, nous avons comparu devant le procureur de la République puis après devant le juge d’instruction qui nous a fait libérer provisoirement. Sauf que nous avons été placés sous contrôle judiciaire. Désormais, tous nos déplacements, en dehors de la ville de Lomé doivent d’abord être autorisés par le Procureur de la République: La République bananière en marche vers la dérive.

Ils ont cru peut-être pouvoir freiner l’élan de notre lutte et nous museler définitivement. Mais en réalité, ils nous ont permis d’acquérir de nouvelles expériences, de recréer des relations, de connaître les espions et les taupes qui pullulent en notre sein, de découvrir les failles de notre stratégie et de nos tactiques et de les rendre beaucoup plus efficaces.
Je l’avais déjà dit. Un combattant meurt toujours les armes à la main. Les revendications n’étant pas encore satisfaites, la lutte pour une école de qualité au Togo et pour l’émancipation totale du peuple continue….

Enfin et pour finir, je demande une fois encore aux autorités universitaires et gouvernementales de convoquer dans les prochaines heures un dialogue inter-universitaire afin d’éviter le pourrissement de la situation. Par ailleurs, je prie les responsables de la société civile et de l’opposition de faire libérer HINDE Luc, arrêté à son domicile, sis en face de celui du journaliste Lucien DJOSSOU, suite aux manifestations politiques et gardé secrètement à la DCPJ ainsi que mes amis du Mouvement NUBUEKE qui m’ont toujours exhorté à être non-violent et pacifique.
Salutations militantes et patriotiques,
Votre bien aimé et cher frère
Foly Satchivi

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