Dialogue politique : le CACIT et la PCJV aux parties prenantes

Dialogue politique : le CACIT et la PCJV aux parties prenantes

Par Serge Lemask, togo-online.co.uk

Tout se prépare pour le dialogue qui s’ouvrira entre le pouvoir de Lomé et son opposition le 15 février prochain à Lomé sous l’égide d’un médiateur. Tout comme certains politiques, les associations de défense des droits de l’homme croisent les doigts pour la réussite dudit dialogue. Dans un communiqué conjoint en date du 12 février, le Collectif des associations contre l’impunité au Togo(Cacit) et de la Plateforme citoyenne justice et vérité (PCJV), recommandent aux parties prenantes la mise en place d’un mécanisme opérationnel et pérenne de mise en œuvre des conclusions issues du dialogue qui prennent aussi en compte des questions liées au cadre électoral, notamment le problème crucial du fichier électoral et à l’effectivité de la décentralisation du pouvoir. Lire l’intégralité du communiqué !

COMMUNIQUE DE PRESSE DU CACIT et de la PCJV

Le CACIT et la PCJV appellent toutes les parties prenantes à un sursaut patriotique pour un dialogue effectif et concluant.
Dans un communiqué conjoint en date du 02 février 2018, le ministre ghanéen de la sécurité Albert Kan-Dapaah et le ministre d’Etat guinéen Tibou Kamara, émissaires des présidents Nana Akufo-Addo et Alpha Condé, ont annoncé la tenue d’un dialogue entre l’opposition et le parti au pouvoir togolais, sensé débuter le 15 février 2018. Le CACIT et la PCJV se réjouissent, qu’enfin, un compromis soit trouvé pour l’ouverture du dialogue. Ceci d’autant plus qu’une première annonce sur le 23 janvier n’a pas abouti.

De la nécessité d’aller au dialogue
Signe d’espoir, l’Accord Politique Global (APG) signé le 20 août 2006 qui jetait les bases de la consolidation de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit accepté par tous, n’a finalement pas permis de répondre aux attentes des togolais.

Née de cet accord, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) a fait un travail dont une partie des recommandations, notamment celles liées aux réformes constitutionnelles et institutionnelles tardent à être mises en œuvre ; ce qui a conduit la plupart des acteurs à la perte de confiance en la bonne foi du gouvernement.

Cette situation, envenimée par la violation récurrente des droits économiques et sociaux, a plongé le pays dans une nouvelle crise à partir du 19 août 2017. Depuis cette date, le pays connait la recrudescence des violations des droits civils et politiques avec, notamment, des atteintes à l’intégrité physique, à la liberté d’expression et de manifestation, etc.

Ainsi, les perturbations de la vie sociale, économique et politique dues aux revendications et manifestations de protestations permanentes, les violations des droits de l’Homme, la persistance de l’impunité, la radicalisation des positions des protagonistes de la crise, les violences constatées au sein de la population, l’insécurité grandissante, le climat de méfiance mutuelle accrue augurent d’un lendemain incertain pour le pays.

Au-delà de la question des responsabilités, il est impérieux de trouver les voies et moyens urgents pour sortir le Togo de ce climat délétère. Le dialogue annoncé entend répondre à cette nécessité.

Du devoir d’œuvrer pour la réussite du dialogue

Les différents dialogues ont échoué par la méfiance réciproque entre les acteurs politiques. Chaque partie a fait montre de mauvaise foi, obnubilée par les calculs partisans.

L’intérêt supérieur de la nation doit primer dans la démarche du gouvernement mais aussi de l’opposition dans les prises de position, les comportements durant le dialogue et la recherche de solutions à la crise. Il faut ici rappeler que ce dialogue, même s’il est par les acteurs politiques, est avant tout une question d’intérêt national.

De la responsabilité de mettre en œuvre les conclusions issues du dialogue

Le Togo a connu bon nombre de dialogues soldés par des accords avec des recommandations et résolutions qui devraient permettre au pays de sortir du cercle des crises répétées.

Cependant, la lenteur et parfois l’inertie de la mise en œuvre de ces recommandations et résolutions conduisent certains acteurs à penser à une mauvaise foi du gouvernement. Ceci explique la naissance d’une nouvelle crise. Il parait, à cet effet, évident que le problème ne se situe pas au niveau des accords, mais de la mise en œuvre des recommandations et résolutions issues des travaux.

Au regard de ce constat, le gouvernement aura, une fois encore, la lourde responsabilité devant l’histoire d’œuvrer pour l’effectivité de la mise en œuvre des conclusions. Il revient aussi à l’opposition d’offrir les gages sérieux d’une coopération pour faciliter la mise en œuvre desdites conclusions.

Au regard des expériences passées, le dialogue devra définir un chronogramme clair et précis de mise en œuvre de chacune des décisions.
De l’impératif de prendre en compte certains points importants.
Depuis les premières crises sociopolitiques au Togo, certaines revendications sont récurrentes. Elles ont notamment été portées par l’Accord Politique Global et la Commission Vérité Justice et Réconciliation.
Elles ont pour la plupart aussi fait l’objet de revendications populaires ces dernières années.

A l’analyse, le CACIT et la PCJV s’attendent, en utilisant les procédures définies par la Constitution, à la prise en compte de :

-la reprise de l’article 59 de la Constitution togolaise du 14 octobre 1992 dans sa formule originelle « le président de la république est élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats » l’élection présidentielle au suffrage universel à deux tours ;
– le vote de la diaspora togolaise ;
l’opérationnalisation du conseil économique et social ;
– la redéfinition et la recomposition des institutions de la République.

Pour finir, le CACIT et la PCJV recommandent la mise en place d’un mécanisme opérationnel et pérenne de mise en œuvre des conclusions issues du dialogue qui prennent aussi en compte des questions liées au cadre électoral, notamment le problème crucial du fichier électoral et à l’effectivité de la décentralisation du pouvoir.
Puisse ce dialogue baliser la voie pour une sortie définitive de la crise sociopolitique.

Fait à Lomé, le 09 février 2018
Pour les deux organisations,
Le Président du CACIT,
Spéro Kodjo MAHOULE.

LAISSER UN COMMENTAIRE