Togo: Le déshonneur retrouvé du juge Abalo Petchelebia
- Post 29 June 2012

mo5-togo — Abalo Petchelebia, limogé ? Faut-il en rire ou pleurer ? La question n’est pas cornélienne, car vu le cursus du personnage, il faut surtout en rire. Même si on peut épiloguer sur la légalité de cette démission opérée par le chef de l’Etat Faure Gnassingbé, le limogeage du juge Petchelebia, taxé d’"inique" par Me Charrière-Bournazel, demeure à la fois incompréhensible mais aussi révélateur des luttes au sein du système.
Le flou qui couvre ce limogeage, auquel d’aucuns imputent l’arrêt de mise en liberté provisoire de Bertin Sow Agba dans l’affaire éponyme, le personnage même est le prototype du juge zélé, à la solde du pouvoir et "corrompu", à en croire Aboudou Assouma, le Président de la Cour Constitutionnelle, un autre phénomène, au cours d’une de ses explications à la télé dont nous a accoutumés le régime RPT.
C’est plutôt dans les dossiers politiques que les turpitudes de ce juge ont été découvertes. Il est réputé pour être le juge qui méprise les exceptions soulevées par la défense en feignant de le joindre "au fond". Quand il use de l’’expression "joindre au fond", c’est que le sort est jeté pour le présumé, sa condamnation est certaine.
Me Yawovi Agboyibo, à l’époque président du CAR, et Claude Ameganvi, Secrétaire à la coordination du Parti des Travailleurs, en ont eu l’amère expérience. Un mandat de dépôt a été prononcé contre le premier dans une affaire civile où le présumé s’était lui-même présenté devant le tribunal, suscitant un scandale, alors qu’une peine de prison ferme a également été prononcée contre le second. Le cas de Claude Ameganvi était tellement emblématique du caractère inique du juge habitué aux mascarades. Claude Ameganvi était accusé d’avoir fait publier par un journal, Nouvel Echo, des informations sur la richesse supposée d’Eyadema, estimée à 4 milliards de dollars US. Le ministère public n’a jamais pu réussir à prouver la culpabilité de Claude Ameganvi mais l’ennui c’est qu’un avocat représentant le Coordinateur du MO5 Eloi Koussawo, s’était présenté à la barre pour rejeter l’accusation du parquet avec un document notarié à l’appui. Le Coordinateur du MO5 a déclaré être à l’origine de l’information, l’ayant publié lui-même sur Internet. Fortune confirmée plus tard par un média spécialisé.
Dans l’affaire Kpatcha, Abalo Petchelebia a démontré sans honte qu’il était en mission pour le pouvoir. Et qu’en bon militant du RPT, il pouvait condamner tous les opposants du système.
L’affaire du bouillant Kpatcha Gnassingbé tombe au plus mal pour Faure Gnassingbé, au moment même où la justice togolaise est vue par plusieurs observateurs comme le talon d’Achille des réformes que le chef de l’Etat semble engager. Les juges togolais sont soit considérés comme incompétents ou corrompus jusqu’au trognon.
Laissons Me Christian Charrière-Bournazel prononcer le caractère trouble et "inique de ce juge" dans un courrier explosif rendu public en septembre 2011. Les mots sont tellement durs dans ce courrier que l’on ne peut parler que du "déshonneur retrouvé" d’Abalo Petchelebia, trois jours après son limogeage par le chef de l’Etat.
"Déjà, vous aviez trouvé tout à fait normal que la défense ne soit prévenue de la date d’audience que huit jours auparavant, sans avoir eu communication de l’intégralité du dossier" accuse l’avocat de Kpatcha Gnassingbé en relevant les turpides du juge auxquelles se livrent ce juge pour délivrer un mauvais jugement. "Vous aviez feint de prendre en compte ma demande de remise : c’était pour la forme puisque vous avez accordé un renvoi à une semaine !", souligne encore l’avocat.
Me Christian Charrière-Bournazel relève les scandales de l’audience qui scellent le "déshonneur" du juge Abalo Petchelebia. C’est vrai que le procès Kpatcha Gnassingbé est réputé pour être l’un des plus sinon le plus scandaleux dans l’histoire de la justice togolaise.
"Quant à l’audience elle-même, ce qu’on m’en a dit, scelle votre déshonneur : rien ne vous a arrêtés, ni la vacuité du dossier, ni les témoignages poignants d’hommes montrant les marques des tortures qu’ils avaient subies pour leur arracher des aveux, ni l’outrecuidance du général Katanga venu comme témoin à la barre, mais en réalité vous donnant des ordres pour condamner sans que vous émettiez la moindre protestation".
"Vous avez sans frémir, condamné à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à vingt ans des hommes innocents. Vous n’en avez relaxé aucun, malgré les réquisitions du ministère public qui cherchait à en épargner quelques-uns", ajoute le conseil de Kpatcha Gnassingbé.
Qui enfonce le clou en pointant du doigt la moralité du juge Petchelebia. "Je n’escompte d’aucune manière l’éveil de votre conscience. Sachez seulement qu’un jour ou l’autre, inexorablement, l’histoire est amenée à juger les juges", indique-t-il.
L’avocat de Kpatcha Gnassingbé avait déclaré ne manifester "aucun respect" pour le juge tombé en disgrâce. Un mépris effarant mais de bon aloi.
Et prémonitoire, pensant justement au déclin de ce juge indélicat, Me Charrière-Bournazel écrit : "Je souhaite que ce jour-là, vous soyez confrontés à des juges dignes de ce nom et que vous puissiez compter sur le dévouement, l’intégrité et le talent d’avocats semblables à ceux dont vous avez méprisé les plaidoiries".
Osons espérer que ce juge qui fait la honte de la justice togolaise ne trouve même aucun avocat de son acabit pour le défendre.
Source: mo5-togo.com
