Le dialogue, c’est l’arme des forts…

Le dialogue, c’est l’arme des forts…
Sena ALIPUI

Par Sena ALIPUI

Feu le Président Félix Houphouet Boigny nous enseigne que : « Le dialogue, c’est l’arme des forts ». Ses héritiers politiques que sont le très compétent Président Alassane Ouattara et le Président Bédié, depuis qu’ils ont compris et traduit ces propos en actes, gouvernent la Côte d’Ivoire et mènent ce pays vers l’émergence.

En 2020, au terme de deux mandats marqués par une renaissance de la Côte d’Ivoire sur tous les plans, « l’éléphant de Dimbokro » va se retirer et la Côte d’Ivoire connaitra une nouvelle alternance.
En dix ans, l’ancien directeur général adjoint du FMI, a permis à la Côte d’Ivoire de connaitre une croissance à deux chiffres, de changer de constitution et de ramener la paix dans le pays.

À 600 kilomètres des rives de la lagune Ébrié, le scénario d’alternance reste improbable.
Le Togo, avec une superficie de 1% et une population de 2% de l’espace CEDEAO, tel le dernier village Gaulois, résiste à la démocratie et à la bonne gouvernance. Une même famille politique gouverne le pays depuis 54 ans, et la notion d’alternance reste encore tabou.

Depuis trois mois, un nombre grandissant de Togolais battent le pavé pour réclamer le retour à la constitution de 1992 et le départ du chef de l’État.

Les manifestations de rue ont occasionné le décès de 16 civils et militaires. En 2017, dans le monde globalisé et moderne dans lequel nous vivons, a-t-on besoin de tuer 16 personnes pour se retrouver à une table de discussions ? Nous déplorons ces morts et nous inclinons devant eux civils comme militaires.

Toute la classe politique s’accorde finalement sur la nécessité d’un dialogue. Le Togo a connu une bonne vingtaine de dialogues qui nous ont permis de progresser sur la voie de la démocratie sans pouvoir régler pour autant les questions fonds. C’est connu, les recommendations des dialogues au Togo pour un oui ou un non finissent par ne pas être entièrement mises en œuvre. Faut-il pour autant desespérer de la voie du dialogue ? Que nous ont apporté les derniers dialogues ? Qui doit diriger à l’opposition à ce round de discussions ?

Le dialogue : le cas de l’Union des Forces de Changement(UFC).

En mai 2010, suite à la 4 ème élection présidentielle remportée par l’UFC mais confisquée par le pouvoir RPT et après 40 années de lutte frontale incluant des manifestations de rue et plusieurs milliers de morts, le Président National de l’UFC, chef charismatique et historique de l’opposition décide suite à des négociations qui ont duré au moins 5 ans d’engager le premier parti du pays, l’UFC, dans un accord de partage de pouvoir avec les autorités de fait du pays pour appaiser le climat politique et préparer une alternance paficique.

Faute d’un consensus interne suffisant, et à une guerre de leadership, le parti se scinde en deux donnant naissance à l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) qui est opposé à l’accord issu du dialogue RPT-UFC et préfère la confrontation.

La communauté internationale prend acte de l’accord et cette année 2010, la coopération avec le Togo reprend intégralement. Les réformes institutionnelles et consittutionnelles qui doivent être opérés dans les six mois suivant l’accord suivent le bon chemin et sont prêts à être endossé par le pouvoir et l’opposition UFC qui disposent des 4/5 quand le CAR offre une porte de sortie au pouvoir en disant que seuls deux partis ne peuvent prendre cette décision et qu’il faut élargir la base à consulter pour valider les réformes et leur donner une plus grande légitimité. De discussions en discussions, les reformes obtenues grâce à l’accord RPT-UFC ne sont pas validés et restent lettre morte. Le pouvoir ne se sent pas l’obligation ou l’urgence de tenir parole sur cette question particulière.

Suite à notre débacle électorale de 2013 au cours de laquelle nous passons du rang de première force politique de ce pays à celle de quatrième force avec 10% des suffrages exprimés et 3 puis 2 députés sur 91. Dans ces conditions, il devient de plus en plus difficile de faire pression sur le pouvoir pour finaliser les réformes. Notre échec électoral se fait au profit de l’ANC qui prend le leadership de l’opposition.

L’apaisement politique entre 2010 et 2017, la reprise économique du Togo, son retour dans le concert des nations, le statut de l’opposition, un nombre record de routes, le rencensement de 2010 et une foule de réalisations sont à mettre au crédit de l’accord RPT-UFC même si des choses importantes promises n’ont pas été réalisées.

Dès le début des manifestations du 19 Aôut 2017, le Président National de l’UFC prend son bâton de pèlerin pour plaider la cause des manifestants, c’est-à-dire, les réformes, et ce, directement auprès du chef de l’État. Le 03 Septembre 2017, dans la plus grande discrétion, Il a négocié et obtenu le scrutin à deux tours et la limitation de mandats à deux. Suite à cet accord, le chef de l’État, par le gouvernement envoie un projet de loi à l’assemblée nationale le 05 Septembre et l’opposition, incluant nos députés, contre toute attente et toute logique vide la salle convaincue que la rue l’emportera dans l’immédiat.

Il ne baisse pas les bras pour autant et poursuit sans relâche les discussions avec le chef de l’État et ses émissaires, des chefs d’État de la sous-région et la communauté internationale pour amener les différentes parties à la table du dialogue.
Qui mieux que notre Président connaît les conséquences de la violence politique ? Il en porte les séquelles dans son corps (balles de Soudou), sa réputation a été salie, ternie à tort à cause du dialogue.

Voilà que depuis 7 ans, un homme et son parti sont trainés dans la boue parce qu’ils ont voulu essayer la voie du dialogue. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut un dialogue…Tout le monde aurait-il trahi la cause ? Fallait-il 7 ans et 16 morts pour s’en rendre compte ? Si oui, que Dieu soit loué car il vaut mieux tard que jamais.

Le chef de file de l’opposition face à l’histoire.

Le Président National de l’ANC, chef de file de l’opposition depuis 2013 est face à l’histoire. Ayant finalement accepté le principe du dialogue, il doit jouer un rôle de locomotive dans le dialogue à venir.

Au Togo, nous avons fait le choix de la démocratie et des élections pour arriver au pouvoir. Il n’est pas chef de file de l’opposition parce qu’il est beau ou gentil. Il est chef de file de l’opposition parce qu’il a gagné les dernières législatives et a remporté la dernière présidentielle sauf qu’il n’a pas pu prendre le pouvoir. Il tire sa légitimité des voix qui se sont exprimées majoritairement en sa faveur lors des élections.

C’est bien qu’il s’entoure de toutes les compétences qu’il juge nécessaire, ou de nouveaux talents qui émergent grâce à la rue, mais la politique est un sujet sérieux et il faut qu’il garde en tête qu’il a un mandat du peuple et que ce mandat n’a pas été obtenu dans la rue mais dans les urnes. Qu’il ne laisse donc pas des gens qui ont fait leur preuve dans la rue mais doivent faire leur preuve dans les urnes définir quelle doit être la position de l’opposition. Qu’il ne laisse pas non plus des gens incapables de se faire élire simple député nous chanter qu’ils sont chef de coalition et qu’à ce titre il faut ceci ou cela.

Ce n’est pas dans la rue qu’on obtient le mandat pour gouverner, c’est dans les urnes et c’est la raison pour laquelle nous sommes opposés au régime en place, ils sont issus de coup d’État et d’élections frauduleuses. Nous pensons que la souveraineté populaire s’exprime mieux dans les urnes que dans la rue.

Dans notre perspective, le dialogue doit se dérouler entre le parti au pouvoir et l’opposition parlementaire (ANC, CAR, ADDI, UFC, FDR). Nous ne nions pas l’existence des autres forces en présence mais il faut les obliger à rentrer dans les rangs et à avoir la discipline de travailler dans un cadre républicain.

Cela dit, l’interlocuteur principal du pouvoir et de la communauté internationale dans cette affaire doit être le chef de file de l’opposition.

Ce dernier, doit conduire la délégation de l’opposition qui prendra part au dialogue et en dehors de l’obligation d’y inclure tous les partis de l’opposition parlementaire, s’il le souhaite, il peut ajouter des partis non parlementaires qui n’auront pas de voix délibératives. Le parti au pouvoir et l’opposition parlementaire doivent également s’entendre sur quelles organisations de la société civile vont les accompagner dans ce dialogue.

Ils doivent déterminer ensemble les sujets principaux qui feront l’objet de débat lors du dialogue pour éviter d’en faire une foire dans laquelle on mêle des lions et des animaux à sabots c’est-à-dire des gens qui ont un mandat du peuple et des gens qui ne représentent rien et qui vont distraire tout un pays de ses préoccupations essentielles et existentielles.

Nous proposons donc que le dialogue commence par une rencontre de haut niveau entre le chef de l’État et le chef de file de l’opposition pour déblayer le terrain en vue du dialogue entre les partis parlementaires.

J’insiste sur la necessité d’être représenté au parlement pour participer aux discussions car dans ce pays, la neutralité est dans toutes les bouches mais dans aucun comportement. Des organisations de la société civile au lieu de jouer le rôle d’arbitre et d’éveil de conscience se permettent d’en appeler au départ du chef de l’État sous pretexte qu’elles sont engagées. Des confessions réligieuses qui prennent des positions que même des partis d’opposition ne prennent pas, finalement on ne sait plus qui est qui ? Donc, que ceux qui se sont engagés à prendre le pouvoir à travers des partis politiques et qui ont un mandat du peuple obtenu par des élections discutent des moyens d’accession et de départ du pouvoir pour éviter la confusion.

Le chef de file de l’opposition est donc face à l’histoire, il lui appartient de mettre un peu plus d’ordre dans les rangs de l’opposition car une une opposition à trois ou quatre têtre ne fait pas très sérieux. Il doit définir avec le reste de l’opposition parlementaire et non parlementaire quelle direction emprunter pour aboutir à un dialogue fécond.

La Transition

Il n’est de secret pour personne que je prêche pour la mise en place d’une nouvelle république depuis 12 ans. Dans notre perspective le Togo a évolué et la constitution de 1992 n’est plus en phase avec les besoins de la société Togolaise. Les Togolais ont besoin d’un nouveau contrat social, une nouvelle constitution dans laquelle tout le monde se retrouve.

Pour y arriver nous avons suggérons que le dialogue accouche d’une feuille de route qui va être éxécuté par un gouvernement de transition que dirige le chef de l’État avec comme premier ministre le chef de file de l’opposition ou son representant. Le gouvernement sera composé sur la base des suffrages obtenus par les partis aux dernières législatives (et non le nombre de sièges).

Ce gouvernement va procéder entre autre et de façon non exhaustive à :

L’élection d’une assemblée constituante qui va nous rédiger une nouvelle constitution qui sera soummise au peuple par référendum ;

Un nouveau recensement de la population incluant la diaspora ;

Un nouveau découpage électoral ;

L’organisation des élections locales, législatives et présidentielles avec droit de vote pour la diaspora.

Conclusion

En conclusion, nous nous réjouissons que sur la route de Damas, nos amis, nos frères de l’opposition aient été touchés par le saint esprit et découvrent les vertus du dialogue. Fort de l’éxpérience de l’UFC en matière de dialogue, le chef de file de l’opposition doit faire preuve de sagesse, leadership et jouer un rôle de locomotive pour fédérer et conduire l’opposition parlementaire au dialogue sans négliger les forces non parlementaires et la société civile.
Advenant que le bloc qu’il conduit aux discussions éclate, l’accord ne connaitra qu’une application partielle comme par le passé et sa responsabilité sera lourde car il a un mandat du peuple, ce qui n’est pas le cas des partis non parlementaires qui font du tapage.

Le dialogue, c’est l’arme des forts. À l’UFC, nous l’avons compris depuis longtemps mais ne l’avons pas bien communiqué et par voie de conséquence, n’avons pas été suivi. Si une masse critique de Togolais nous avait compris et suivi, nous aurions eu l’alternance en 2015. Dieu merci, aujourd’hui tout le monde nous comprend ou du moins comprend l’importance du dialogue et cette question du dialogue fait l’unanimité au sein de la classe politique. Allons au dialogue de façon organisée. Le dialogue c’est comme la flamme d’une bougie, on peut l’utiliser pour allumer d’autres bougies sans rien perdre de sa propre luminosité. D’autres solutions existent pour résoudre la crise politique Togolaise mais nous disons qu’il vaut mieux avancer lentement à la faible lueur de la bougie du dialogue que de continuer à tatônner dans l’obscurité.

Il faut que le chef de file de l’opposition à l’image du chef historique de l’opposition, prenne langue avec le chef de l’État comme l’y autorise son statut de chef de file de l’opposition pour déblayer la voie du dialogue. Si la Côte d’Ivoire, grâce à l’accord Bédié-Ouattara a pu renaitre des cendres de la guerre, il n’y a aucune raison que le Togo reste le seul État de la Cédeao sans alternance dans lequel faute d’élections présidentielles libres et transparentes le débat se déplace dans la rue. Asseyons-nous, et discutons… car le dialogue c’est l’arme des forts…

La lutte continue.

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