« Sans peur et sans reproche », le Dr Randolph de retour en Alsace

« Sans peur et sans reproche », le Dr Randolph de retour en Alsace
Figure historique de l’opposition au régime togolais, le docteur Antoine Randolph était hier de retour à Colmar, après un mois d’incarcération dans son pays d’origine. Photo L’Alsace

Par Marie-Lise Perrin, lalsace.fr
Libéré des geôles togolaises grâce à une forte mobilisation en sa faveur, l’ex-vétérinaire colmarien enlevé en février dernier à la frontière béninoise vient de rentrer en Alsace, où il a exercé pendant vingt ans avant de prendre sa retraite en 2013.

Il souhaitait couler « une retraite calme et paisible au Togo ». C’est raté. Le docteur Antoine Randolph, 74 ans, était hier de retour en Alsace, après une arrestation et un séjour de quelques semaines dans les geôles du président Faure Gnassingbé ( L’Alsace du 12 mars). Il reste en « liberté provisoire » , son cas étant encore à l’instruction au Togo.

Réfugié à Colmar en 1985

Figure de l’opposition au régime dictatorial de feu le général Eyadema Gnassingbé, puis, depuis 2005, de son fils Faure Gnassingbé, il avait fui son pays en 1985, après une première arrestation. « J’ai été torturé pendant trois jours puis révoqué de la fonction publique pour abandon de poste à l’issue de ma garde à vue. Ma femme étant française, nous avons décidé de partir pour Colmar, d’où elle est originaire » , se souvient l’opposant togolais, devenu un vétérinaire respecté à Colmar, jusqu’à sa retraite en juin 2013.

Le docteur Randolph a présidé dans les années 1990, depuis l’Alsace, le Rassemblement national pour la démocratie et le panafricanisme, un parti d’opposition au régime aujourd’hui en sommeil ( L’Alsace du 21 mars 2013). Mais depuis sa retraite, il ne s’intéresse « plus du tout à la politique » , assurait hier le vétérinaire, encore étonné d’avoir été arrêté le 19 février au petit matin alors qu’il traversait la frontière béninoise : « Lorsque j’ai présenté ma carte d’identité, on m’a appris que je faisais l’objet d’un avis de recherche. » Il a été conduit en prison, « sans motif ni mandat d’amener ». Le pouvoir en place lui reprocherait d’avoir « préparé une action de déstabilisation de l’État togolais » depuis l’étranger et tenté de recruter « d’anciens rebelles de Côte d’Ivoire ». « Un tissu de mensonges », balaie le docteur Randolph, qui a pu compter sur une mobilisation forcenée en sa faveur : « Mes amis savent bien que je ne suis pas du genre à courir après des mercenaires ou je ne sais quoi. »

Jumelé avec le Barreau du Togo, l’Ordre des avocats à la cour d’appel de Colmar a été le premier à donner l’alerte tandis que la diaspora togolaise à Paris se mobilisait pour faire libérer le docteur Randolph. Un investissement qui a payé puisque le vétérinaire a été libéré le 18 mars dernier ( L’Alsace du 21 mars). De peur de finir assassiné «comme certains opposants dont on retrouve le corps nu sur une plage » , il a immédiatement quitté le pays lundi soir par avion pour atterrir à Paris mardi matin, où l’attendait sa « fille ainsi que des compatriotes togolais ». Sa fille cadette, qui habite en Alsace, l’a accompagné en train jusqu’à Colmar où il est arrivé sain et sauf et surtout « sans peur et sans reproche », assurait hier le vétérinaire. Ému par la mobilisation en sa faveur, il tenait hier à remercier « les démocrates colmariens, le barreau de Colmar, le maire Gilbert Meyer, mes amis et mes anciens clients » , dont certains ont poussé la porte de notre journal pour alerter sur sa disparition.

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