Les solutions à l’esclavage en Libye…

Les solutions à l’esclavage en Libye…

Par Serge Lemask, togo-online.co.uk

Ces solutions sont de Gerry Taama, Président du Nouvel Engagement Togolais (NET), Gerry Taama. Il a choisi sa page facebook pour donner son avis sur le sujet qui depuis quelques jours, fait couler beaucoup d’encre et de salive. D’après lui, le phénomène ne date pas d’aujourd’hui et est bien connu de tous. Mais il a fallu que la grande CNN en parle pour que l’émotion soit planétaire. Comme solution, Gerry Taama propose de déconstruire l’image attrayante de l’occident par des séances de sensibilisation, d’informations, et par les témoignages de personnes qui reviennent. Lisez plutôt !

Pour l’esclavage en Libye, je n’accuse pas

C’est un peu la mode ces derniers temps, s’indigner sur le sort des migrants africains en Libye, vendus comme des esclaves, s’en prendre aussi aux dirigeants Africains, à la gouvernance dans nos pays.

Là, en quelques jours on a toutes les sorties, tous les chefs d’État africains qui s’indignent, les intellectuels, les footballeurs, les politiciens, tout le monde y va de son petit commentaire. Tout comme on ne savait pas, comme on n’a jamais su. Parce que CNN en a parlé, tout le monde fait l’effarouché, la vertu et la morale sont brandies comme des trophées de guerre.

Et pourtant, on le savait. On savait que le commerce des esclaves transsaharien avait duré 13 siècles, contre 4 avec l’occident. On savait que si les traces de ces millions d’esclaves envoyés dans le Maghreb et d’autres pays arabes est quasi inexistants, c’est parce qu’on châtrait tous les mâles, et donc des lignées exclusivement noires ne pouvaient exister. On sait qu’il y des esclaves en Mauritanie, et que ces esclaves sont noirs.

On sait, grâce à nos étudiants, stagiaires et autres ressortissants qui vivent dans certains pays arabes, que le racisme primaire et parfois primitif y est très vivace. Mais il y a pire. En 2016, plus de 5000 migrants sont morts dans la méditerranée, avalés par les flots dans leur tentatives de traversée. Plus de 400 000 errent encore dans les centres de rétention libyens, sans argent, souvent rançonnées. Tout ça, on le savait. L’information sur la vente d’esclaves à des familles libyennes, ça aussi, on le savait, parce que beaucoup de témoignages circulaient. Il a fallu seulement que la grande CNN en parle pour que l’émotion soit planétaire. En vérité, on a l’impression de dire, tant qu’ils meurent par milliers dans la méditerranée, ce n’est pas bien grave, tant qu’ils enrichissent des passeurs, ce n’est pas bien grave, tant qu’ils meurent de faim et de maladie dans le désert, ce n’est pas grave, mais vendus comme des esclaves, c’est horrible. Le vrai problème qui se pose aujourd’hui, c’est la construction de l’image de l’Africain. Qu’est l’Africain noire par rapport aux autres civilisations? Sur les berges méditerranéennes de la Libye, se retrouvent des Érythréens, des Tunisiens, des Mauritaniens, des Touaregs, mais, si on se fie aux vidéos et témoignages, seuls les Africains sont réduits vendus comme esclaves. Pourquoi?. Je parlerai même de la déconstruction de l’image de l’Africain.

Plus de 60 ans après les indépendances des Etats africains subsahariens, nos pays paraissent comme ceux qui n’ont pas réussi à transformer les ressources, dont le colon tirait cependant un excellent profit, en une source de création de richesse pérennes. De la Casamance aux rives du Zambèze, l’Afrique noire est apparue comme incapable de se créer une identité, tant économique que culturelle. Pendant que nous hurlions à l’authenticité, nous nous contemplions cependant dans le miroir bien poli de l’étranger. (Chinois, Corréens, occidentaux, voire même arabes. Kadhafi en est un exemple). L’Africain noire parait aujourd’hui comme celui qui suit, celui qui n’est pas à la hauteur.

Alors, faut-il s’émouvoir de la vente d’être humains par d’autres être humains. Oui, mais seulement en tant qu’Homme, c’est notre humanité qu’on réduit en lambeaux en l’avilissant ainsi. Je ne m’émeut pas en tant qu’Africain, mais en tant qu’un être humain. Des chinois, indiens, inuits ou français auraient été réduits en esclavage que j’aurai eu la même réaction. Mais je ne hurlerai pas au drame sous le prétexte que ceux dont il s’agit sont des Africains. Quand ils meurent par milliers dans la méditerranée, on ne dit rien, quand ils sont abandonnés dans le désert, malades et mourant de faim, on ne dit rien, quand ils sont parqués comme du bétail, dans un pays où l’Etat est inexistant, on ne dit rien, quand on bombardait la Libye, nous en Afrique, nous avons poussé juste des hum à peine audibles. Et nous savons tous que cette émotion sera passagère. D’ici un mois, le commerce va continuer. On ne fera rien.

La solution, c’est de déconstruire l’image attrayante de l’occident. Presque toutes les nationalités africaines se retrouvent sur les en Libye (Ivoiriens, Nigérians, Ghanéens, …) Ce n’est pas tant la misère et la guerre qui renvoient les gens en occident, mais l’attirance d’un eldorado qui n’existe plus. En fait, qui n’a jamais vraiment existé. Il faut déconstruire cette image par des séances de sensibilisation, d’informations, et par les témoignages de personnes qui reviennent. Il faut créer des séances de témoignages publiques, pour expliquer aux jeunes que leur avenir est en Afrique. J’ai personnellement une histoire intéressante. A deux reprises dans ma vie, j’ai tout abandonné pour reprendre à zéro. C’est difficile, il faut travailler dur, très dur, mais l’Afrique, malgré la mauvaise gouvernance et la prédation du pouvoir politique, reste le far-west du monde. La preuve, les gens viennent se faire des fortunes en Afrique.

Pour devenir cet Homme, respecté par les autres Hommes de notre planète, nous devons nous retrousser les manches et travailler dur, pour nous, et pour nos enfants. Notre humanité est à ce prix.

Gerry

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